Une vie de famille sous Louis XIV

un récit à base d'Histoire

 
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Chapitre 01 partie 1/2

      Le jour du 23 mai 1685, toute la cour se réunissait pour célébrer le mariage du Comte Jean de Rugès de Savigny, âgé alors de 20 ans, capitaine de la cavalerie de sa Majesté le Roi Louis XIV, et de Madeleine de La Chambre. Celle ci avait fêté depuis peu ses 15 printemps. Elle était une des demoiselles d’honneur de Madame la Dauphine, Marie-Anne Christine de Bavière, épouse de Monseigneur Louis de France, Grand Dauphin.

       Jean attendait sa fiancée debout devant l’autel. Ses yeux s’illuminèrent à la vue de sa promise. Elle venait  jusqu’à lui au bras de son tuteur. L’étiquette spécifiait qu’en cas du décès du père de la mariée avant les noces, son tuteur, son plus proche parent masculin, devait la conduire jusqu’à l’autel. Le futur marié trouvait sa promise tout simplement ravissante. Elle portait une robe de soie bleue ciel bordée de dentelles. Un diadème d’émeraudes et de perles retenait le voile de dentelles posé sur la longue chevelure blonde parsemée de boucles.

     Pendant qu’elle suivait l’allée centrale pour rejoindre son futur époux, la jeune fiancée admirait la décoration fastueuse et luxueuse de la maison du Seigneur. Son regard accrocha particulièrement les vitraux éclairés par le soleil. Ils retraçaient de manière si réaliste les grandes étapes de la vie du Christ. Leurs couleurs si chatoyantes laissaient la blancheur des pierres murales ressortir. Quelque peu anxieuse à l’idée de lier sa vie à un parfait inconnu, mais toujours avec un port de tête altier, ses yeux s’attardaient sur tout ce qui pouvait retarder le moment de faire face à celui à qui on la destinait. Une statue de bois représentait la vierge avec en ses bras l’enfant Jésus. L’artiste avait su montrer avec beaucoup de talent l’amour maternel de Marie pour son fils. Beaucoup de douceur se dégageait de ce charmant tableau. Elle se rapprochait inexorablement de l’homme au bras duquel elle repartirait. Son regard quitta les murs pour se poser sur chaque banc de ce lieu de culte. Elle entendit les murmures admiratifs des hommes sur lesquels ses beaux yeux bleus se portaient et ceux jaloux des femmes. Elle les laissa pour s’attacher à la contemplation des voûtes du bâtiment. Au-dessus d’elle scènes bibliques et arcs dorés se mêlaient.

        Arrivée devant l’autel la future comtesse plongea dans une profonde révérence en signe de respect et de soumission envers la volonté de Dieu et du Roi. Le monarque souhaitait unir ces deux jeunes gens. Ainsi il récompensait le capitaine de sa fidélité et de sa bravoure au combat. Les fiancés s’agenouillèrent devant l’autel et la cérémonie débuta. Alors seulement la jeune orpheline osa regarder son promis. Elle découvrit un élégant homme dans son uniforme de cérémonie sur lequel tombait ses longs cheveux bruns noués en catogan, comme l’imposait la mode du moment. Sa jeunesse et sa belle prestance  la rassurèrent quelque peu. Son regard admiratif semblait ne plus vouloir la quitter. Le sourire doux et respectueux de son futur époux lui permit d’envisager cette union sereinement. Elle quittait enfin la tutelle d’un être malveillant et cruel pour un mari apparemment respectueux et bienveillant. Une pensée furtive lui vint pour ses parents dont elle espérait honorer la mémoire par ce mariage de volonté royale. Elle adressa un sourire, reconnaissant et confiant, à l’homme agenouillé à ses côtés.

      Celui-ci, sans le montrer, fut touché par l’élan de confiance de celle qui à peine quelques minutes auparavant semblait se rendre à l’échafaud et craindre qu’il soit son bourreau. Il se fit la promesse de ne jamais lui faire regretter cette brusque envolée de foi en lui.

       Elle, se jura d’être la meilleure des épouses, afin qu’il ne regrette jamais de l’avoir enlevé à ce tuteur qu’elle détestait et méprisait.

 

       La cérémonie se déroulait comme de coutume avec faste et simplicité à la fois. Les fiancés se promirent l’un à l’autre soutien, fidélité. Madeleine s’engagea à obéir et respecter son époux, qui, désormais était son seigneur et maître. Jean, lui, s’engagea à soutenir et protéger son épouse. Ensuite, le prêtre les déclara unis par les liens sacrés du mariage jusqu’à ce que la mort les sépare. enfin il bénit le couple.

 

        A la suite de la cérémonie la comtesse douairière, Marie de Rugès de Savigny, offrit une magnifique réception en son domaine. Elle souhaitait remercier les souverains et la cour, de l’honneur de leurs présences. Le manoir et les terres servait de résidence principale aux comtes de la Maison de Savigny, depuis de nombreuses générations. Le comté de Savigny-en-Revermont jouxtait celui de Fontainebleau.

        La demeure apparaissait telle qu’elle fut construite deux siècles auparavant. Des grilles en fer forgé marquaient la séparation de la partie habitable du domaine. Une dense forêt entourait cette imposante demeure. Lorsque le cortège franchit le portail en fer forgé, ceux, qui venaient en ces lieux pour la première fois, découvrirent une grande cour carrée, précédant la noble bâtisse. Sur le côté gauche se trouvaient les écuries, et derrière elles de vastes prés verts destinés au pâturage des chevaux, ainsi qu’un potager et un verger. De grand chênes, plusieurs fois centenaires, bordaient la cour.  Leur feuillage courbé ombrageait de beaux jardins à la française sur la droite et des jeux d’eau sur la gauche. Le manoir en pierres de granit trônait au milieu du domaine. Deux ailes latérales encadraient le bâtiment central. Au pied des escaliers du perron un chemin de sable menait aux jardins.

 

        Au cours de la réception, tard dans la soirée, le jeune couple se retira dans la chambre nuptiale pour consommer le mariage comme le voulait la tradition dans la noblesse. Madeleine entra dans cette vaste pièce, au second étage du bâtiment central, qui ne recevait des occupants seulement lors d’unions. Elle découvrit à l’intérieur un immense lit à baldaquin en bois précieux. Les draps de soie, rabattus, semblaient prêts à les accueillir . Elle savait que la coutume noble voulait que les invités puissent assister à l’acte matrimonial. Son devoir et son rôle d’épouse étaient de se soumettre à cette tradition. Malgré tout, elle n’éprouvait guère d’impatience à cette première union charnelle avec son mari. Faire cela, dans une couche sur une estrade, au vu et au su de tous la rebutait. Afin de reprendre ses esprits, elle promena son regard sur le reste de la pièce. Une table d’acajou avec deux chaises du même bois, tendues de velours sombre semblait attendre qu’ils y prennent place. Les dames la conduisirent derrière un paravent. Bien qu’anxieuse, Madeleine se laissa dévêtir. Une domestique versa de l’eau d’une carafe en porcelaine dans une cuvette de même matière. Elle trempa à l’intérieur un linge. Elle le tendit ensuite à la jeune épousée qui procéda à sa toilette. Ensuite Madeleine passa une fine chemise de dentelle et gagna le lit où son mari la rejoignit peu après.

 

        Une fois l’hymen consommé, les invités retournèrent festoyer. Certains profitaient du buffet servi dans la salle à manger au rez de chaussée du bâtiment central. Au même étage des couples dansaient dans la salle de bal. Des jeunes gens profitaient de la danse et de l’heure tardive pour raconter des galanteries aux jeunes damoiselles dont les chaperons avaient baissé leur vigilance. Mais il n’était point question néanmoins pour les jeunes filles bien éduquées de s’isoler dans la pièce d’à côté, le salon d’apparat. Une réputation se perdaient tellement vite. Dans la bibliothèque, au premier étage quelques uns déjà repus, préféraient prendre un peu de calme et s’isoler avec de la lecture, ou déguster, confortablement assis dans un fauteuil, un bon verre d’alcool. D’autres disputaient une partie de billard acharnée. Les dames les plus âgées devisaient gaiement dans le salon de réception. Elles commentaient avec entrain cette nouvelle union. Les plus jeunes, elles, bavardaient dans le salon de musique tandis que l’une d’elles chantait accompagnée au clavecin par sa sœur un air du dernier opéra à la mode.  La Comtesse Douairière se montrait fière de sa réception, tout se déroulait au mieux. Sa plus grande fierté restait le compliment du Roi avant son départ ; « Vous nous avez offert un grand et beau mariage, Madame. » Peu de mots, certes. Mais ils lui apportaient grande satisfaction.

Le jeune couple, quant à lui, gagna ses appartements au premier étage de l’aile droite de la bâtisse. La désormais comtesse accompagné de son époux pénétra d’abord dans un petit salon puis un boudoir avant d’accéder à sa chambre à coucher.

        »Voici votre chambre, Madame. J’espère qu’elle vous sera agréable. Vous pouvez vous rafraîchir dans le cabinet de toilette qui est juste derrière. De votre chambre vous accédez également à votre garde robe.

      – Je vous remercie, Monsieur mon époux. Ces appartements sont charmants.

      – Bien, heureux qu’ils vous plaisent.  Nous nous verrons demain. Le déjeuner est servi à 7h précisément.

      – Je m’en souviendrai. Je vous souhaite une bonne nuit. »

Sur ces mots, tandis qu’une femme de chambre apparaissait pour mettre au lit sa nouvelle maîtresse, le comte se retira. Il pénétra dans ses appartements situés juste à côté de ceux de son épouse. Son valet l’attendait dans son petit salon.

      « Toutes mes félicitations Monsieur le Comte. Votre courrier vous attend sur votre bureau.

      – Bien. Merci. Tu peux disposer. je me coucherai seul. » déclara le comte.

Il traversa la pièce pour entrer dans son bureau. Après avoir pris connaissance de ses affaires, il quitta la pièce pour se rendre dans sa chambre à coucher. Son valet attendait déjà dans la garde robe que son maître se coucha afin d’éteindre toutes les lumières et pouvoir à son tour dormir.

Le lendemain les jeunes époux se retrouvèrent à la table du déjeuner dans la salle à manger familiale, située au rez de chaussée de l’aile droite. Les domestiques traversaient un court couloir pour apporter les plats à servir aux maîtres depuis la cuisine. Nul autre qu’eux et les maîtres ne pouvaient emprunter ce chemin. La comtesse douairière accueilli sa bru :

      – Ma fille soyez la bienvenue parmi nous. Je suis ravie de vous savoir ponctuelle. Quand vous aurez terminer votre repas, je vous ferai visiter le manoir. Vous vous doutez bien que le Comte est fort accaparé par ses affaires et ne peut vous consacrer ses journées.

      – J’imagine Mère. Je vous remercie donc de prendre le temps de me familiariser avec ma nouvelle Maison. J’ai terminé. Allons y. »

La jeune femme, fière d’avoir su tenir tête à sa belle mère sans lui manquer de respect devant le personnel se leva. Elle savourait sa victoire. Désormais elle savait que les domestiques aller la considérer comme la nouvelle maîtresse. Elle devait se faire une place au sein de sa nouvelle Maison. Et cela commençait dés le premier jour. Elle se posta à l’entrée de la pièce et attendit que la mère de son époux la rejoignit. Une fois à ses côtés la douairière prit la parole :

      » Vous avez pu admirer nos jardins à votre arrivée hier. Êtes vous bonne cavalière ?

     - Je monte aussi gracieusement que je danse, et pourrais je ajouter je suis aussi bonne cavalière que danseuse. Vous m’avez vu danser hier, à vous d’en juger.

     - Je suis aise de constater que votre sens de la répartie égale votre beauté. Sa Majesté vous a bien choisi. Les écuries se situent dans l’aile gauche. Jean vous emmènera visiter le domaine et ses terres à cheval puisque vous vous prétendez bonne cavalière. Ainsi nos gens pourront voir leur nouvelle Comtesse. Suivez moi, je vais vous faire visiter l’aile droite puisque nous nous y trouvons. Nous quittons la salle à manger pour pénétrer dans la galerie des portraits. Vous pouvez constatez que votre époux figure parmi ces ancêtres les précédents Comtes de Savigny en Revermont. Il faudra penser à faire peindre votre portrait pour le placer à ses côtés. »

Madeleine ne pouvait s’empêcher de trouver cette galerie austère. Dans un coin de son esprit, elle nota que si son époux l’autorisait, la galerie serait plus agréable si on égayait les murs avec des tapisseries aux couleurs éclatantes. Elles quittèrent la galerie pour pénétrer dans le grand salon. Madeleine découvrit une grande pièce très lumineuse. Elle écouta celle que désormais elle devait appeler mère, lui expliquer l’utilisation de la pièce. La famille se réunissait ici, et quelques fois recevait des invités considérés comme proches. La jeune femme entra dans une pièce adjacente. Elle ne put résisté à l’envie de jouer du clavecin placé dans un recoin de la pièce. Elle interpréta avec brio le dernier air pour clavecin du grand Lully. Elle reçut, non sans fierté, le compliment de la Comtesse Marie sur son excellente maîtrise de l’instrument. Elle contemplât avec envie les fauteuils disposés près de l’âtre. Mais déjà on la rappelait à l’ordre :

« Au lieu de rester plantée là bêtement ma fille, venez plutôt prendre l’air sur la terrasse. »

Elle obtempérât aussitôt et passa une porte fenêtre. La vue depuis la terrasse l’époustoufla.  

Marie consultât sa montre et annonça : « il nous reste encore du temps avant le dîner. Suivez moi donc à l’étage.Comme vous le savez déjà vos appartements s’y trouvent. Ainsi que ceux de votre époux et les miens. Plusieurs sont destinés à recevoir des invités dits « intimes ». Entendons nous bien. Je ne parle pas d’amants ou de maîtresse. Je ne le permettrai pas. Mais d’amis proche de votre époux, de membres de nos familles. Tous se composent comme le votre. Hormis celui du comte. Un bureau remplace le boudoir.

     - Je vous remercie, Madame, de ces précisions. Mais pourquoi m’insulter ? Croyez vous que je sois sans honneur ? Que je puisse tromper mon mari ? Dois je vous rappeler que je prêta serment de fidélité devant Dieu hier ? Vous ne me connaissez pas ! Alors ne vous avisez point de me juger, je vous prie.

    – Calmez votre courroux ma chère ! Apprenez à ne pas vous donner en spectacle devant vos domestiques. Ils voient et entendent tout. Votre indignation vous honore. Sachez que tout comme vous j’ai vécu à la cour et j’en connais les mœurs.  Je vous prie donc d’entendre les raisons de mes paroles. Maintenant continuons. Le dernier étage nous attend. »

Les deux femmes empruntèrent un grand escalier de marbre. Madeleine poussa une porte et accéda à une pièce où le temps semblait suspendu. Un cheval à bascule, au milieu de la pièce, donnait l’impression d’attendre son cavalier. Des cubes jonchaient le sol. Dans un coin des épées de bois semblaient abandonnées en pleine bataille. Émues, l’une tenta d’imaginer son époux, petit garçon occupés à ses jeux. L’autre revoyait son petit garçon qu’elle avait tant chéri. Madeleine s’enfonça plus loin dans la pièce. Dans une alcôve , tout paraissait attendre la venue d’un enfant. La dame de la Maison imagina son futur enfant couché dans le berceau. l’émotion l’envahit. Elle espérait être une bonne épouse et donner une progéniture nombreuse au Comte. Les douze coups de midi sonné par le clocher du village ramenèrent la douairière et sa bru à la réalité.

      »Venez mon enfant, il est temps de nous présenter au dîner. Cet étage vous l’aurez compris, est destiné aux enfants. En plus de la pouponnière que vous venez de visiter, on y trouve des appartements destinés aux enfants et deux salles d’études. Vous serez d’accord avec moi que des filles et des garçons ne peuvent étudier ensemble. Ne serait ce que parce qu’ils ne reçoivent pas la même éducation.

     - J’en conviens, Madame. »

Les deux femmes regagnèrent leur appartement respectif pour se changer avant d’apparaître dans la Grande Salle à manger du bâtiment central. Elles prirent place à table avec leurs invités. Chacune s’enquit auprès de ses voisins de leur satisfaction quant au confort de leurs appartements. Tous convinrent qu’ils étaient rare d’être si bien accueilli et logé.

 

 

 

Dans :
Par Virginie de Rugès
Le 6 août 2014
A 17 h 30 min
Commentaires : 3
 
 
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Dans :
Par Virginie de Rugès
Le
A 12 h 49 min
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