Une vie de famille sous Louis XIV

un récit à base d'Histoire

 

Chapitre 14 partie 1/4

      En ce premier jour de cette nouvelle année Virginie avait fort à faire comme chaque jour. Rose, sa femme de chambre venait de la lever. Elle disposait d’une heure pour dire ses prières, se vêtir et se coiffer. Autant avouer qu’elle les récitait en même temps que sa camériste s’affairait à la préparer. La jeune fille affectionnait particulièrement le moment où la seule chose qu’elle devait faire consistait à rester assise et laisser sa jeune domestique la coiffer. Ensuite venait l’heure du petit déjeuner en famille. Depuis le départ du comte et des pensionnaires, l’assistance se réduisait à Tante Marguerite et elle-même, sa mère ne sortant plus de sa chambre. Quant à Louise et Marie Mina leurs manières ne permettaient pas encore leur admission en dehors de la nurserie.

      Elle recevait à 8h la gouvernante, Gertrude Dupont, et le maître d’hôtel, Jacques Dumont. Elle écoutait leur rapport concernant la veille et donnait ses instructions pour la journée.

      Comme chaque jour elle ouvrait sa porte à 9h pour ses domestiques pendant 1 heure. Ainsi chacun pouvait venir exprimer ses doléances et ou ses souhaits comme elle leur avait promis.

      Après elle pouvait prendre une pause de 30 minutes à la pouponnière où elle prenait des nouvelles de sa petite sœur Eleanor avant de rendre visite à sa mère.

      L’état de la comtesse demeurait inchangé. Les visites de sa fille et les nouvelles de sa petite dernière ne lui arrachait à peine un sourire. Virginie tentait de se rassurer en se disant qu’au moins la santé de sa mère ne se dégradait pas.

     La jeune femme se retirait à 11h pour s’occuper du courrier et de la maison. Ce jour une lettre de sa Tante Sophie attendait réponse :

 

   

 « Paris, le 30 décembre 1700

       Ma chère Nièce,

      Je vous remercie de votre réponse et de prendre de nos nouvelles malgré vos récentes responsabilités qui doivent vous accaparer.

 

      Votre oncle et moi même nous portons à merveille. La vie de courtisans n’est pas de tout repos mais tellement exaltante. Hormis l’étiquette imposée par le Roi, pas un jour ne se ressemble en ce pays ci. Le Roi raffole de ses jardins versaillais. Sa Majesté nous convia quelques fois à participer à la promenade. C’est un grand honneur.

 

      Je déplore l’état de votre mère et l’absence de nouvelles de votre frère. Le duc de Réant connaît personnellement un des grands officiers du régiment de Christophe. Il tachera de se renseigner au sujet de neveu.

 

      Je suis heureuse que l’orpheline ne soit pas un fardeau pour vous. C’est une chose de lui fournir une éducation mais doit elle vraiment suivre la même que vos sœurs ? Songez que bien que feu son père fut comte tout comme le votre lui, la laissa sans bien ni fortune. Vous n’appartenez pas à la même condition.

      De plus j’ajouterai que son père ne mourut point honorablement. Toutes sortes de rumeurs courent. Et bien entendu on ne cesse de me les rapporter étant donné que nous lui sommes liées par le mariage de mon défunt père avec sa regrettée mère.

      Rien ne se sait plus rapidement qu’un scandale ici. Je vous sait de nature généreuse et ne vous dit ça seulement pour vous protéger vos sœurs et vous. Je voudrais que rien n’entache votre réputation à vos sœurs et vous lors de votre présentation à la cour.

 

      Je pense que maintenant que vous connaissez votre rôle au sein de cette Maison, vous l’assumez. Je suis certaine que vous faites merveille. Vous me dîtes avoir décelé de l’admiration chez vos gens lorsque vous leurs avez annoncé votre reprise en main de votre Maison. Cela ne me surprend pas. Vous l’ignorez sans doute mais la valeur d’un domestique et sa place dans la société, ne dépendent pas seulement de la Maison qu’ils servent. Bien entendu on ne peut négliger le rang des maîtres, mais le lieu et la réputation des maîtres rentrent aussi en compte. Ainsi deux valets servant respectivement, un baron de bonne mœurs dont les terres sont bien entretenues avec une réputation sans taches et un baron qui mène mauvaise vie et néglige ses possessions, ne recevront pas le même accueil ou la même considération par leurs pairs et que dire de futurs employeurs. Le valet du baron à la réputation sans tâche sera toujours préféré à son confrère et retrouvera plus facilement une autre place en cas de besoin.

      Toutefois ne vous attardez point trop sur leurs sentiments ou choses semblables. Considérez les comme une espèce comparable à des animaux ou des meubles. Lorsqu’ils nous lassent ou ne nous conviennent plus nous les remplaçons. Je doute que cela choque certainement vos bons sentiments. Le couvent ou vos parents ne vous ont guère préparée à la réalité de la vie.

 

      Je terminerai par un dernier conseil. N’oubliez jamais que la place d’une femme se trouve auprès de ses parents avant le mariage puis au côté de son époux ensuite. Lorsque vous convolerez en noce vous appartiendrez à votre époux et lui devrez obéissance et respect. Il attendra de vous un héritier. Mais en attendant servez et obéissez aux hommes de votre famille. Si vous vous montrez intelligente vous réaliserez vite qu’avec un peu de finesse vous pourrez guider ces messieurs sans qu’ils ne s’en offensent ou même s’en rendent compte.

 

      Je vous laisse ici et doit retourner à mes devoirs de Cour. Je vous prie cependant de réfléchir à deux fois quant à la manière dont vous traiterez la jeune orpheline, ne serait ce que pour le futur de vos sœurs. Gardez à l’esprit que lors de votre entrée à toutes dans le monde, nul ne vous fera de cadeaux. Ce pays-ci est cruel.

 

Votre tante Sophie

Duchesse de Réant »

     

       Cette lettre sidérait Virginie. Évidemment que cela heurtait ses sentiments. Comment sa tante pouvait elle écrire de telles choses ! Entacher ainsi la réputation, la mémoire des parents de cette pauvre Mina et son avenir ! Être orpheline devait être suffisamment triste sans que tous la rejette. Pour des raisons différentes, Tante Marguerite lui avait conseillé quelque chose de semblable mais avec beaucoup plus d’humanité. Quant à sa manière de gérer sa Maison elle ne concernait en rien sa tante.

     Encore heureux qu’elle ne mette pas en doute ses compétences. Elle connaissait la plupart du personnel depuis sa tendre enfance, elle se félicitait de sa méthode. Tout fonctionnait parfaitement. Seul point positif de ce courrier son oncle prendrait des nouvelles de Christophe. Ainsi peut être sa mère se porterait mieux.

      Bien que cette missive la courrouçait, elle se contint pour répondre poliment et respectueusement à la duchesse. Elle choisit de passer sous silence son personnel et sa colère pour Mina.

« Savigny en Revermont, le 01 janvier 1701

      Madame ma Tante,

      Je vous remercie du temps que vous dérobez à vos devoirs et à la cour pour m’écrire.

      Je vous prie de transmettre tous mes remerciements à votre époux. J’espère qu’il recevra de bonnes nouvelles. Cela aiderait certainement Mère à se rétablir.

       Tranquillisez vous au sujet de Marie-Mina. Sa tante, Mme de Besnac, a veillé et insisté pour quelle reçoive une éducation plus conforme à sa condition donc différente de mes sœurs.

       Je vous remercie de tous vos précieux conseils. Je tâcherai de les appliquer au mieux.

       Malheureusement je ne puis vous écrire plus longuement. Mes devoirs m’appellent ailleurs. Vous même savez combien gérer une Maison demande de temps et de travail.

      Soyez assurée de tout mon respect,

Votre nièce,

Virginie de Rugès »

     

       Cette réponse brève mais diplomatique satisfaisait la jeune fille. Elle se félicitait pour sa maîtrise de soi. Sa colère ne transparaissait pas dans la lettre. Elle cacheta le courrier et le confia à un valet.

Dans :
Par Virginie de Rugès
Le 6 octobre 2017
A 8 h 00 min
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