Une vie de famille sous Louis XIV

un récit à base d'Histoire

 

Chapitre 13 partie 1/4

     Comme tous les matins, depuis la maladie de sa mère, Virginie assise devant le secrétaire de celle-ci s’occupait des affaires du domaine et de la maisonnée. Elle se rendait compte à présent combien gérer une telle Maison demandait d’efforts et de temps. Et combien les leçons dispensées au couvent et par sa gouvernante, sur l’art de tenir sa Maison, lui auraient été utiles si elle les avaient écoutées. Elle louait le ciel de la présence de sa tante Marguerite à ses côtés. Sans elle, elle ne pourrait faire face à tout cela. Un serviteur entra dans la pièce avec le courrier quotidien. Virginie, d’un sourire, lui fit signe de placer le plateau sur un guéridon et de disposer. Une fois le domestique parti, elle se dirigea vers la pile d’enveloppes. Elle reconnut sur la première le sceau de sa tante Sophie. Elle s’assit pour parcourir à son aise la missive. Elle l’ouvrit et commença sa lecture.

 

« Paris, le 22 décembre,

 

    Ma chère nièce,

 

    Tout d’abord je vous remercie de votre lettre. Votre oncle et moi même nous portons pour le mieux. Il a récemment acquis une nouvelle charge qui nous permet d’être plus en vue à la Cour.

 

    Les nouvelles de votre mère m’attristent profondément. J’ose espérer qu’il ne s’agit que de langueur passagère. Rendez vous combien le départ de votre frère si peu de temps après la mort de votre père durent lui causer un terrible choc …

 

    Je ne peux que vous conseiller l’honnêteté vis à vis de votre personnel. Informez les que Madame la Comtesse est souffrante. Et qu’en conséquent vous dirigerez la Maison jusqu’à son rétablissement. Cela évitera ragots et colportages de fausses rumeurs. N’hésitez pas à prendre conseils auprès de Marguerite. Sa mère nous éduqua toutes les trois, nous lui devons les maîtresses de maison accomplies que nous sommes devenues.

 

    Néanmoins un point m’inquiète. Que deviennent vos sœurs et votre éducation à toutes ? Il n’est point bon pour des demoiselles de qualité, qu’importe leur âge, de se retrouver livrées à elles-mêmes. Et cette orpheline confiée à Marguerite ne représente t-elle pas un fardeau supplémentaire pour votre Maison ? Ne serait elle pas mieux dans une quelconque pension ou couvent ?

 

    Avez vous des nouvelles de mon neveu ? J’ose espérer qu’il se comporte bien et honore notre famille … Je vous avoue qu’il affichait un air des plus étrange à mon goût lors de ma visite.

 

   Mes devoirs à la Cour ne me laissent peu de temps pour vous écrire plus.

 

    Je vous envoie donc toute mon affection, et ose espérer que vous emploierez à bon escient mes conseils.

 

 

 

Votre Tante Sophie,

 

Duchesse de Réant »

 

 

    Virginie replia la missive. Les conseils de sa tante lui semblaient judicieux. Après tout cette dernière appartenait de par son mariage à une grande et prestigieuse Maison. Elle savait comment se comporter et comment diriger les domestiques. Elle les suivrait donc. Quant aux inquiétudes de cette dernière sur leur éducation et la présence de Mina, elle se chargerait plus tard de lui exprimer le plus diplomatiquement possible sa façon de penser. Même si la remarque au sujet de son frère la blessait, elle reconnaissait au fond d’elle même son fondement … Mais pour le moment elle ne pouvait y penser. Il s’avérait urgent de rétablir une cohésion et un équilibre au sein de la Maison. Virginie sonna le majordome. Elle le chargea de convoquer le personnel une heure plus tard dans le hall. Après le départ de celui-ci elle demanda sa femme de chambre afin que cette dernière la prépare. Pour faire face à ses nouvelles responsabilités, la jeune fille choisit de porter une robe noire élégante mais simple et de faire relever ses cheveux en un chignon bas sur la nuque. Une fois prête, elle congédia sa camériste et l’enjoignit à retrouver les autres serviteurs. Avant de descendre s’adresser à l’ensemble de sa Maison Virginie se rendit auprès de sa mère. Comme elle s’y attendait, sa tante Marguerite se tenait auprès de la malade. Elle tenait à informer sa mère de sa démarche et espérait quelque réaction de la maîtresse des lieux. Las son état demeurait le même. Tout semblait glisser sur elle et l’indifférer. Devant le désarroi et l’inquiétude de sa nièce, la dame de Besnac la prit à part et tentât de la rassurer : 

    « Ma chère nièce, ne vous désespérez pas ainsi, l’état de votre mère, même si il ne s’améliore pas, ne se dégrade pas. Dés qu’elle recevra un message ou une lettre de votre frère, je suis sure que l’on notera une amélioration. Vous verrez qu’elle sera rétablie dés que le jeune comte viendra nous voir en permission. Quant aux domestiques, vous avez pris la meilleure décision. Ainsi les ragots cesseront et tous vous apporteront le respect qu’ils doivent vous témoigner. Je tiens à ajouter que malgré votre tenue un brin sévère, vous êtes ravissante.

    – Merci ma tante. Je m’en vais donc m’adresser à notre maisonnée.

    – N’ayez aucune crainte et surtout soyez sûre de vous, ne laissez voir aucune hésitation et vous obtiendrez ce que vous désirez »

 

    Virginie prit une grande inspiration, saisit son courage à deux mains, afficha un joli sourire sur ses lèvres et se rendit dans le hall. Elle balaya du regard les serviteurs assemblés en deux rangs. Ils semblaient indécis. Sûrement s’interrogeaient ils quant à la raison de leur présence à tous ici. La jeune fille se plaça face aux deux rangs et commença son discours :

 

« Bonjour à tous. Vous vous doutez certainement que vous n’êtes pas réunis ici sans raison précise. Ainsi j’irais droit au but. Vous l’avez tous remarqué Madame la Comtesse est souffrante. Elle n’est plus capable pour le moment de gérer la Maison. Elle m’en confie donc la direction jusqu’à son rétablissement que nous espérons tous prochain. Vous recevrez désormais mes ordres chaque matin. J’attends de vous autant de respect et d’obéissance qu’à Madame la Comtesse. En retour vous obtiendrez bienveillance et respect. Vous disposerez chaque jour d’une heure pour venir me trouver et me soumettre vos souhaits ou doléances dans la limite du raisonnable. Je tâcherai de prendre chaque demande en compte. Je vous remercie de votre attention. Vous pouvez retournez à vos tâches. »

    À sa grande surprise, le personnel de Maison la salua, d’une révérence pour les femmes tandis que les hommes s’inclinèrent. Nul ne semblait dérouté par cette nouvelle situation. Au contraire certains chuchotaient entre eux qu’il était temps que quelqu’un reprenne la Maison en main. Ils plaçaient leurs espoirs en leur jeune maîtresse. Selon l’avis général personne ne pouvait mieux lui redonner vie et honneur. Après tout leur place en société en dépendait. Tous considéraient Mademoiselle Virginie comme une jeune personne bonne et généreuse. Elle accordait le même respect à tous, quel que soit le rang ou statut social. 

    Ils ne pouvaient en dire autant de son jumeau. Déjà, du vivant de son père, ce dernier avait une tendance à la débauche mais au moins il montrait une certaine discrétion et tachait de se montrer correct envers le personnel. Lorsque il succéda au regretté comte suite au décès de celui ci, ses manières changèrent du tout au tout. Désormais il ne s’embarrassait plus de courtoisie envers le personnel ainsi qu’à l’égard de tous ceux considérés inférieurs à lui. Pendant le peu de temps où il demeura au domaine, il s’adonna à la luxure et au jeu.

    Néanmoins nombreux espéraient le voir devenir sérieux et digne maintenant qu’il succédait à son père dans sa carrière militaire. Peut être la confrontation à la réalité de la vie lui permettrait de devenir meilleur. Nul n’osait informer la comtesse du comportement du jeune homme. Madame Madeleine vouait une véritable admiration à son fils. Elle ne croirait jamais de tels propos. Bien au contraire le messager risquait d’attirer sur lui son courroux. Non. Décidément seule leur jeune maîtresse pouvait redonner à leur Maison son prestige.

 

    Elle semblait vouloir les diriger d’une manière novatrice. Bien peu de maîtres témoignaient autant de bienveillance à leur personnel. Ils se contentaient de donner des ordres et attendaient obéissance. Ce que pouvaient penser ou ressentir leurs domestiques leur importait peu, voir pas du tout. Ils ne bénéficiaient à peine de plus d’attention que les meubles. La jeune demoiselle était la première à les traiter en êtres humains. Ils ne voulaient pas qu’elle regrette autant de bonté et de générosité.

 

Dans :
Par Virginie de Rugès
Le 9 juillet 2017
A 23 h 00 min
Commentaires :1
 

1 Commentaire

  1.  
    jaclyn
    jaclyn écrit:

    Virginie semble être une bonne maîtresse de maison pour le moment!
    C’est triste que sa mère soit souffrante, par contre.

    Dernière publication sur Pas de nouvelles bonnes nouvelles : Le sac

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