Une vie de famille sous Louis XIV

un récit à base d'Histoire

 

Chapitre 12 partie 1/4

     En ce 10 décembre 1700, la maison de Savigny-en-Revermont était réunie dans le grand hall afin d’assister au départ du jeune comte. En effet celui ci partait rejoindre son régiment. Fier de son nouveau grade, le jeune capitaine se pavanait et paradait dans son nouvel uniforme.

     Face à lui, sa mère. Impassible, elle se tenait droite. Elle mobilisait toutes ses forces pour que nul ne devina ses craintes et ses angoisses. Intérieurement la mère tremblait de voir son seul fils si fier et si pressé de la quitter pour risquer sa vie. À le voir ainsi, elle ne pouvait s’empêcher de penser à son défunt époux. Christophe le lui rappelait immanquablement. Sa fougue, son impatience de partir se battre, lui remémorait le dernier départ du père de ses enfants. Elle craignait tant que comme ce dernier, le jeune officier, son cher fils qu’elle aimait tant, ne revienne jamais. 

     Désormais elle devait vivre avec cette angoisse et la cacher à tous. Si on autorisait la mère à craindre pour son fils, la Comtesse, elle, ne pouvait se laissait aller à ce genre de faiblesse. Elle devait montrer à tous combien le désir et le choix de son fils de servir le Roi la rendait fière. Son rôle de comtesse ne s’accordait pas toujours avec son cœur de mère. Comme de nombreuses nobles dames avant elle, elle vivait un terrible dilemme. Combien de temps encore, la conscience de son devoir et de son rôle parviendrait elle à museler ses sentiments maternels ? elle se doutait que la réponse viendrait bien assez tôt. 

     Christophe, loin d’imaginer les préoccupations de sa mère, était tout à la joie de son départ vers un nouveau destin. Il l’espérait auréolé de gloire et rempli de conquêtes. Pas un instant, ne l’effleura l’idée, que son départ et sa joie de s’engager pouvait peiner ses proches. Il se contenta donc, de l’air le plus naturel du monde, voir joyeux, de faire ses adieux et de confier le domaine à sa mère. Il ne voyait aucune raison de se comporter autrement. Il ne se souvenait pas avoir vu son père agir différemment. Et puis on lui offrait un grade inespéré pour un débutant. Sa famille le comprenait certainement. Après tout elles furent femme et filles d’un militaire avant d’être mère et sœurs. 

     L’assemblée regardait son nouveau comte partir. Les domestiques se réjouissaient du calme que la Maison allait retrouver. Marguerite quant à elle, scrutait son amie avec inquiétude. Elle trouvait anormal le calme affiché par Madeleine. Elle redoutait, non sans raison, le moment où celle-ci ne parviendrait plus à maîtriser ses émotions. Elle louait le ciel de la présence de Virginie. Celle ci apportait un grand soutien à la désormais veuve, même si elle ne semblait pas s’en rendre compte.

     Christophe enfourcha sa monture. Il franchit sans un regard en arrière les grilles marquant la sortie du domaine. Le jeune homme suivant les recommandations maternelle avait pris à son service Paul de Baudroie. Après avoir servi le père en tant qu’écuyer et aide de camp il devenait l’aide de camp du fils. Il lui revenait la lourde tache de finir la formation militaire du jeune gradé. Mais aussi celle de veiller à sa sécurité, il en avait fait la promesse à son regretté maître et renouvelé celle-ci à sa veuve. Bien entendu Hector restait et l’accompagnait même à l’armée. Un commandant se devait d’être entouré d’un serviteur civil et d’un militaire. Son arrivé au côté de Mantoue ne passerait pas inaperçue et permettrait à sa carrière de débuter sous les meilleures auspices. Il se tenait bien droit sur sa monture et songeait au long chemin à parcourir. Il réfléchissait à la meilleure et plus rapide manière d’acquérir la gloire. En effet toutes les portes s’ouvriraient devant lui. Celles des tables de jeux tout comme celles des antichambres des dames. Retrouver et tuer cette bête responsable de tant de souffrance lui semblait la solution idéale. Il vengeait son père et se couvrait de gloire. Il s’imaginait revenir en héros chez lui, briller non seulement auprès de sa Maison mais aussi auprès de tous le voisinage. Nul ne cherchait querelle à un héros.

Dans :
Par Virginie de Rugès
Le 28 septembre 2016
A 11 h 07 min
Commentaires :1
 

1 Commentaire

  1.  
    jaclyn
    jaclyn écrit:

    Christophe ne semble pas voir le danger, mais plutôt la gloire que cela peut lui apporter. Je me demande bien où cela peut le mener…

    Dernière publication sur Pas de nouvelles bonnes nouvelles : Le sac

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